Fossile du Temps de l'Écoute, sculpture de grès et d’émaux. 2020

Trois cuissons poussées à très haute température.

54 x 42 x 36 cm

Fossile de Temps de l'Écoute est inspiré des Seashell de Georgia O’Keeffe, artiste des années 60 qui disait vouloir exprimer ce qui vient de l’intérieur, de l’intérieur, de l’intérieur, à l’écoute de l’extérieur, et de l’Autre. C’est également un clin d’oeil à mon autre métier, qui consiste à écouter parler les gens, dans le huis clos de mon cabinet. 

 

Sa forme convexe d’une part, rappelant un escargot mais aussi un sein maternel, protecteur et nourricier, s’oppose à son côté concave en forme d’oreille, qui nous invite à s’écouter, mais aussi à écouter les autres. 

 

Nous sommes dans une période où bon nombre de revendications s’élèvent. L’introspection, qui aide à trouver sa propre voix singulière, conduit à vouloir se faire entendre. Mais qu’est-ce qu’une voix s’il n’y a pas d’écoute?  La ligne de crête entre dialogue et cacophonie est fine. On la retrouve ici sous forme de fissure qui éloigne les uns des autres.. Les paroles deviennent murmures, inaudibles, recouvertes par le bruit des préoccupations narcissiques. La différence de timbres et de volumes créent la dissonance, qui fragilise l’équilibre du monde. A l’image des nombreuses fissures créées sur Fossile du Temps de l'Écoute, qui semble alors sur le point d’exploser ou d’imploser à force de contenir tout ce chaos.

 

C’est dans cette démarche d’écoute de l’autre, pour se montrer “une bonne oreille” que je propose de mettre en place une interaction autour de cette sculpture. Pour les personnels et visiteurs qui pourront être amenés à s’approcher du creux de cette oreille, j’ai imaginé un processus d’échange anonyme. 

De manière physique - sur du papier -, ou bien électronique - au moyen d’un site  -, les individus pourraient déposer anonymement des témoignages, des secrets, des histoires ou des mots au creux de l’oreille sur le thème de “ce que je tais”. En retour, ils se verraient attribuer de manière aléatoire le récit de quelqu’un d’autre. Aucune mention de nom, de statut, ou d’âge n’est nécessaire: l’échange n’a pas de visage. 

Ainsi, la voix fait écho à une autre; les personnes impliquées dans le processus trouvent le moyen d’exprimer leur identité, tout en recevant celle de quelqu'un d’autre. Parler et être écouté devient compatible; la parole est harmonieuse. 

©Séverine Assouline, 2020